Comme dans la plupart des écoles, les téléphones portables sont interdits dans mon établissement. Quoi de plus logique ? Donnerait-on la possibilité aux élèves de s’envoyer des messages, de prendre et publier instantanément des photos de la classe, de chercher (et trouver ?) les réponses aux exercices et examens sur internet ? Cependant, en changeant totalement de façon d’approcher ce problème, il est tout à fait possible de trouver des utilités à ces appareils. Tout est question d’encadrement.
Sans faire de grandes théories didactiques ou pédagogiques, voilà déjà quelques exemples d’utilisations tirés de mon expérience (chut, ne dites pas que j’ai fait ça en classe !)
Mon smartphone
Il m’arrive de sortir mon appareil face aux élèves, qui ne sont d’ailleurs absolument pas choqués ni jaloux. Ça n’aurait sûrement pas été le cas quelques années auparavant, mais actuellement tous les enseignants arrivent en classe avec leur ordinateur portable ou tablette. Et je crois savoir que je ne suis pas le seul à le faire.
Évidemment, si j’utilise mon smartphone, ce n’est pas pour vite envoyer un message au collègue de la classe d’à-côté ou pour lire les dernières nouvelles fraîches. Dans ce cas-là, ça ne passerait assurément pas auprès des élèves.
- transmission d’informations : je reçois, en tant que titulaire, beaucoup d’informations par courrier électronique de la part de la direction, informations que je dois transmettre à ma classe. Au lieu d’imprimer le mail, de reporter l’information sur mon journal de bord ou de faire confiance à ma mémoire, je sors mon téléphone et consulte le message.
- photographie et projection de travaux d’élèves : l’idée (pas très originale) m’est venue en corrigeant un examen de sciences, dans lequel j’ai trouvé passablement d’erreurs grossières qui n’avaient pas toujours de lien avec les sciences (vrai/faux laissé blanc, QCM pas coché, français incompréhensible, ec.). Au lieu d’en parler devant la classe sans support, j’ai pris en photos les exercices incriminés et les ai projetés durant le cours. Comme ça apporte réellement quelque chose, j’ai procédé de la même façon durant certains cours où je peux directement photographier un cahier et le projeter dans les secondes qui suivent. Extrêmement pratique pour illustrer ce qu’il faut faire ou ne pas faire, ce qu’on attend des élèves, pour donner un exemple de résolution originale, etc.
Pour projeter directement, je règle mon téléphone pour qu’il envoie automatiquement dans mon nuage les photos prises. Ainsi, depuis mon ordinateur, j’y ai accès immédiatement. Je pourrais aussi transférer les photos du téléphone à l’ordinateur, mais ce n’est pas plus rapide. - calculatrice : je n’ai pas de calculatrice, contrairement aux élèves, je préfère le calcul mental, ça maintient l’esprit vif et face aux élèves, ça donne aussi une certaine crédibilité lorsque l’on calcule plus rapidement qu’eux avec la machine… Mais il arrive que j’aie besoin de faire un calcul plus complexe ou de calculer simplement une note à un examen (à l’aide de mon application par exemple). J’utilise alors mon smartphone. Et je l’ai même prêté un jour à un élève, mais en général, je n’aime pas trop !
L’appareil des élèves
Les élèves qui n’ont pas de smartphone sont très rares, et la plupart viennent avec son appareil à l’école. Celui-ci reste souvent dans le casier, mais certains élèves l’ont dans la poche ou le sac, éteint (ou sous silence). Mais je n’ai quasiment jamais eu de téléphone qui a sonné durant un cours, comme quoi le règlement est assez respecté.
Faites l’expérience : demandez un jour aux élèves de sortir leur téléphone pour faire un exercice, et regardez
- le nombre d’élèves qui l’ont avec eux et le nombre d’élèves qui l’ont dans le casier ;
- le nombre d’élèves qui doivent l’allumer et ceux qui le déverrouillent simplement.
Ça donne une bonne image de la présence de ces appareils alors qu’ils sont censés être interdits.
Bref, voilà quelques utilisations par les élèves :
- récupérer des informations : il m’arrive d’afficher des informations au mur, comme des dates importantes, des portes ouvertes d’écoles, d’autres informations concernant l’orientation professionnelle. Les élèves me demandent de leur faire une photocopie, je leur propose alors de réaliser eux-mêmes une photographie du document. La première fois, ils demandent si vraiment ils ont le droit de sortir leur téléphone, et les fois suivantes, ils viennent me demander directement. Pour éviter le n’importe quoi, j’exige qu’ils me demandent la permission de le faire et tout se passe bien.
- alléger son sac : le livre de maths est assez épais, surtout en 3CO. J’essaie donc de donner des devoirs généralement sur des fiches, histoire qu’ils n’aient pas trop de choses à porter à la maison. Cependant, je n’arrive pas toujours à le faire, et le problème, c’est que les élèves ne prennent que la fiche et pas le cahier dans lequel ils trouvent de l’aide en cas de besoin. Pour qu’ils prennent leur cahier, il faut donner un devoir dans le livre, mais à ce moment, ils doivent le porter. Donc pourquoi pas leur proposer de prendre en photo l’exercice à faire ? Je trouve que c’est une bonne utilisation de leur téléphone, en attendant un véritable manuel numérique.
- calculatrice : je n’aime pas quand les élèves n’ont pas leurs affaires avec eux, du genre la calculatrice alors qu’on l’utilise à tous les cours en 3CO. Généralement, je les laisse se débrouiller sans, mais il m’est arrivé à l’une ou l’autre occasion de leur autoriser l’utilisation de leur smartphone comme calculatrice (mais pas durant un examen).
Oui, certes, ces exemples ne cassent pas des briques ni ne révolutionnent l’enseignement, mais c’est tout de même un point de départ pour l’utilisation des appareils des élèves en classe. Je pense qu’on peut faire beaucoup plus, et mieux, mais ça nécessiterait aussi une ligne directrice de l’établissement et pas seulement d’un enseignant.
Pour familiariser les élèves avec une utilisation sérieuse et respectueuse des technologies, il ne faut pas leur faire mille théories, mais simplement pratiquer avec eux. C’est le meilleur moyen de faire aussi de la prévention et de leur montrer les bons côtés de ces outils souvent diabolisés lorsqu’ils sont entre les mains d’adolescents (mais nous, adultes, sommes-nous forcément mieux qu’eux ?).